Significations d’une tradition républicaine

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Ce mardi 02 avril, le peuple sénégalais s’apprête à vivre un des moments les plus solennels de la vie de la Nation avec la cérémonie de prestation de serment du président Macky Sall réélu pour un deuxième mandat à l’issue du scrutin présidentiel du 24 février dernier. Cette investiture qui confère officiellement le pouvoir au chef de l’Etat est soumise par Le Témoin, à la lumière des regards juridiques des spécialistes de la Constitution. Explications !

Un peu plus d’un mois après avoir été réélu pour un second mandat, le président Macky Sall prête serment ce mardi 02 avril 2019 au Parc des expositions de Diamniadio devant les membres du Conseil constitutionnel. La cérémonie qui constitue un moment phare et symbolique dans la marche de la République verra la présence d’éminentes personnalités du monde, que des plus hautes autorités du pays ainsi que d’invités triés sur le volet. Macky Sall est le troisième président du Sénégal à honorer cette tradition républicaine, et c’est la deuxième fois qu’il le fera après la prestation de serment ou investiture de 2012. Une investiture dont les enjeux restent méconnus juridiquement du grand public pour ne pas dire peuple censé pourtant être souverain. Qu’est ce qui sous-tend ce qui apparaît aux yeux de l’opinion comme un simple cérémonial ? Les explications des spécialistes font apparaître la sacralité d’un respect des principes de règles cardinales et piliers de toute nation soucieuse de valeurs démocratiques. Selon le constitutionnaliste Ndiouga Sarr, la prestation de serment relève d’une « disposition prévue par la Constitution qui stipule que le président nouvellement élu ne pourrait entrer en fonction que lorsqu’il aura sacrifié à cette obligation constitutionnelle qui consiste à jurer de remplir fidèlement la charge de président de la République, à s’engager aussi à observer et à faire observer les dispositions de la République du Sénégal durant son mandat ». Poursuivant, le professeur Sarr souligne que seul le juge constitutionnel est habilité à recevoir, au nom du peuple, le serment du président qui est aussi un engagement ferme à assurer la sauvegarde de l’intégrité territoriale du pays ainsi que la défense des intérêts de la nation. C’est dire que le Sénégal va vire aujourd’hui un moment crucial aux enjeux éminemment stratégiques pour l’intérêt et la survie collective. Loin d’une fiesta royale, l’enseignant chercheur en sciences politiques Moussa Diaw voit en cette investiture « une légitimité issue du vote, une cérémonie ayant un sens élevé de considérations par rapport à la responsabilité de l’élu au sommet de l’Etat ». Cependant, l’opinion a-t-elle conscience de la lourdeur de cette charge ? En tout cas, certains lois et règlements ne semblent être élaborés que pour orner le décor du cadre républicain de l’Etat à défaut de constituer des moyens de répression ou de prévention à toute éventuelle dérive.

La haute trahison du serment !                                                                                                                     Notion vide ou épée de Damoclès ? La valeur symbolique derrière la prestation de serment scrutée par les juristes contactés par nos soins, laisse perplexe. Quand le président s’engage à travailler pour l’unité nationale, l’intégrité territoriale et à garantir les intérêts majeurs de la nation, il peut faire l’objet de poursuites pour haute trahison au cas où il faillirait à ses engagements. Cependant, relativise le constitutionnaliste Ndiouga Sarr, « la ‘haute trahison’ est une infraction mal définie dans la constitution du Sénégal ». Dans la mesure où, dit-il, aujourd’hui même dans le cadre de l’exploitation de nos ressources pétrolières et gazières, la non observation du respect des lois dans les contrats pour le bien du pays peut être constitutif d’une haute trahison

« Le Coran sert de référence pour respecter les charges et les mener à bien dans le cadre de l’équilibre de l’Etat, de la justice et entre les citoyens »                                                                           Pour le Spécialiste de science politique Moussa Diaw de l’Université Gaston Berger (UGB) de Saint-Louis, dans certains nombre de pays, on peut destituer le président de la République s’il ne respecte pas ses engagements mais au Sénégal on n’en arrivera pas une telle procédure dans la mesure où il n’y pas une nette séparation entre les différents pouvoirs. Car, d’après le juriste, nous sommes dans un régime présidentialiste dans lequel le président décide de tout. Un déséquilibre des pouvoirs qui, selon lui, pose véritablement le problème de la démocratie sénégalaise. Par ailleurs, décryptant l’autre point symbolique dans le serment d’investiture, Moussa Diaw souligne que « le Coran sert de référence pour respecter les charges et les mener à bien dans le cadre de l’équilibre de l’Etat, de la justice et entre les citoyens ». C’est dire qu’au delà de la Constitution, espérons que le poids du Livre sacré pèsera sur les épaules de l’intronisé au profit du salut collectif.

Falilou MBALLO




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