Mahamad Dionne : Le sacre de la confiance et de la loyauté

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Comme on s’y attendait, le président de la République Macky Sall a reconduit Mahammad Boun Abdallah Dionne au Premier ministre et l’a nommé au poste stratégique de Secrétaire général de la présidence de la République. C’est la reconnaissance du travail accompli, la récompense d’une fidélité sans faille à Macky Sall depuis qu’il était directeur de cabinet de ce dernier sous le magistère de Wade. A la Primature d’abord puis à l’Assemblée nationale. Dionne est l’atout confiance du chef de l’état, raison pour laquelle, il sera l’une des pièces maitresses sur laquelle le président Sall s’appuiera pour amorcer son dernier mandat décisif. Aujourd’hui, c’est le sacre de la loyauté, de la confiance, de l’expérience mais aussi de la compétence.

Né le 22 septembre 1959 à Gossas, Mahammed Boun Abdallah Dionne, selon les informations recueillies sur Wikipédia, est diplômé en 1983 de l’Institut d’informatique d’entreprise (IIE) de France, grande école d’ingénieurs devenue l’Ecole nationale supérieure d’informatique pour l’industrie et l’entreprise (Ensiie). Il est également titulaire d’un diplôme de troisième cycle en économie internationale et globalisation, spécialité Politiques économiques et sociales de l’université de Grenoble. Il a participé à de nombreuses formations organisées conjointement par la BCEAO et l’Institut du FMI.

Mahammad Dionne a également suivi des formations délivrées par l’Institut de la Banque mondiale en particulier sur le financement des infrastructures et leur accès par les plus pauvres. Il a commencé sa carrière professionnelle en 1983, à la compagnie IBM (division des opérations extérieures), en qualité d’ingénieur technico-commercial, avant de rejoindre, en 1986, la BCEAO. En 1997, il a été détaché par la BCEAO auprès du gouvernement du Sénégal.

Dans le cadre de son détachement, Mahammad Dionne a occupé, de 1997 à 2003, les fonctions de directeur de l’Industrie au ministère chargé de l’Industrie, puis de chef du Bureau économique du Sénégal à Paris avec rang de ministre-conseiller, de 2003 à 2005, et enfin, de directeur de cabinet du Premier ministre Macky Sall de 2005 à 2007. Après l’élection de Macky Sall à la présidence de l’Assemblée nationale du Sénégal, Mahammad Dionne devient son directeur de cabinet de 2007 à 2008.

Par la suite, il est nommé représentant de l’ONUDI en Algérie jusqu’en décembre 2010. De 2011 à mars 2014, il exerce les fonctions de coordinateur sénior de la coopération industrielle sud-sud puis, de chef du programme de l’ONUDI pour l’Afrique et les pays les moins avancés. Inconnu du grand public, il est nommé Premier ministre en 2014. Depuis lors, il s’est comporté comme la sentinelle du Président, le défendant en toutes occurrences. Il a défendu l’Etat contre les accusations d’Ousmane Sonko sur l’affaire Pétrotim.

Aujourd’hui, Dionne incarne une double facette : technocrate et politique en même temps. Plus proche collaborateur du Président en tant que Secrétaire général de la Présidence, il devient, de facto, le deuxième patron du palais. Comme le dit Samy Cohen dans son ouvrage Les conseillers du Président, « le Secrétaire général de la Présidence joue simultanément les rôles de collaborateur privilégié du Président, de courroie de transmission avec le gouvernement ». C’est ce que confirmait le Général de Gaulle quand il disait que « le Secrétaire général est au centre et au courant de tout ». En cela, il s’assimile à un Premier ministre-bis. Sous l’ère d’Abdou Diouf, Jean Collin, Secrétaire général de la Présidence, a été plus puissant que le Premier ministre Habib Thiam.

Connu pour son franc-parler mais provocateur avec ses justes oracles, Dionne se caractérise par le consensualisme qui se dégage autour de sa personne. Toutefois, il faut noter que, dans les couloirs du pouvoir, certains le considèrent comme un apériste de la dernière heure puisque, pendant la traversée du désert de Macky Sall, son mentor, il avait pris la poudre d’escampette avec l’appui de Karim Wade pour aller se la couler douce à l’Onudi. D’ailleurs cette tare congénitale constitue un point d’achoppement dans sa trajectoire politique larvée. Et dans la bataille politique qui sourd à l’horizon de l’APR, cela le délégitime dans une éventuelle succession du leader.

Mais chacun s’accorde pour dire que Boun Dionne est un bosseur pour avoir bien conduit le PSE et implémenté la vision de son leader là où Aminata Touré et Abdoul Mbaye ont échoué. Au plan politique, il a conduit la liste gagnante électorale mais perdante sociologiquement des dernières législatives. C’est lui qui a coordonné le Pôle programme du candidat Macky Sall à la dernière présidentielle. On se rappelle l’annonce de la victoire de son candidat au soir du 24 février qui a créé tout un désordre dans la scène politique. Il l’avait fait à propos du nombre de candidats qui franchiraient l’obstacle des parrainages. Ça aussi, c’est du Boun Dionne, il sait allumer des contrefeux pour rester maitre de la communication publique politique.

Dionne qui a été un PM non encombrant, non « ambitieux » saura-t-il tirer un enseignement fructueux de cette mise en garde du Président François Hollande qui disait à l’alors Secrétaire général de l’Elysée de 2012 à 2014, Pierre-René Lemas, de savoir « rester dans l’ombre » ? En tout cas, de 2014 à 2019, Dionne a été un « Mister Nobody ».

Serigne Saliou Guèye




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