ALIOUNE TINE SUR L’APPEL AU DIALOGUE DU CHEF DE L’ETAT

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« Macky Sall et l’opposition ne doivent pas rater ce rendez-vous avec l’Histoire»

L’appel au dialogue de toutes les forces vives de la Nation lancé par le président Macky Sall le 05 mars dernier ne doit pas être un rendez-vous raté ni par le chef de l’Etat, ni par l’opposition. C’est la forte conviction du président de Afrikajom Center, Alioune Tine. Cet éminent membre de la société civile sénégalaise estime que rater un tel rendez-vous pourrait créer une situation de régulation du système par la catastrophe, la violence et le chaos. Pour rappel, Alioune Tine, après avoir quitté la direction régionale d’Amnesty International, dirige à présent ce think tank cherchant les moyens de réinventer une démocratie dans l’impasse en Afrique, refonder les institutions. Un think tank essayant aussi de voir comment réinjecter du sens et des valeurs dans la politique et travaillant sur la prévention et la résolution des conflits. L’ancien patron de la Raddho (Rencontre africaine pour la défense des droits de l’homme) est catégorique pour dire qu’à l’aune des nouveaux enjeux liés surtout aux découvertes gazières et pétrolières au Sénégal introduisant des acteurs puissants dans le jeu, les hommes politiques nationaux ont obligation de se retrouver. Seulement, soutient-il, à ce niveau, le maître du jeu reste Macky Sall qui joue à la fois son destin et celui du Sénégal.

Le Pr Alioune Tine rappelle d’abord que le Sénégal a changé de statut géopolitique, économique et social du fait des découvertes de gaz et de pétrole. Conséquence : il suscite un intérêt majeur et beaucoup de convoitises au plan international. A l’en croire, au plan national, les enjeux politiques et de pouvoir sont autrement plus exacerbés depuis 2011 et les relations pouvoir/opposition de plus en plus tendues et de plus en plus conflictuelles. « Cela se ressent fortement dans une démocratie de moins en moins délibérative et consensuelle, cela s’est fortement ressenti d’abord par la volonté ferme d’Abdoulaye Wade d’arracher un 3eme mandat présidentiel par un passage en force à l’Assemblée nationale. La mobilisation exceptionnelle du peuple sénégalais le 23 Juin devant l’Assemblée Nationale et par la voie des urnes l’en a dissuadé. Cette régulation a nécessité d’occuper la rue pendant des mois, de verser le sang des Sénégalais » explique le président d’Afrikajom dans un document rendu public. « Cette expérience est la plus éloquente des jurisprudences en matière constitutionnelle comme balise, frontière à ne pas franchir désormais. Bref le vrai verrou aux deux mandats qu’aucun constitutionnaliste et aucun Président ne devraient désormais ignorer. C’est là ou l’élection du président Macky Sall était apparue comme une espèce de catharsis, de libération, on s’est dit ça y’est on va pouvoir se débarrasser d’un système politique construit du temps du parti unique et permettait à un Président de régner avec un pouvoir sans limite. Enfin, le Rendez-vous du Sénégal avec l’Histoire et avec la modernité a enfin sonné parce que pour la première fois les conditions idéales sont réunies pour Refonder la démocratie, l’État de droit, l’Administration, la Justice, le Système électoral etc., avec la jonction enfin opérée entre la Révolution citoyenne du 23 juin et les Assises nationales. On connait la suite : un rendez-vous raté avec l’Histoire et avec la modernité » se désole le Pr Alioune Tine.

Un septennat marqué par l’absence de dialogue                                                                                    Selon le Pr Alioune Tine, l’appel du 05 mars est d’autant plus important que le dernier septennat fut marqué par une absence totale de dialogue entre les forces vives de la nation. « 2012- 2019, un septennat marqué par l’absence de dialogue sur les sujets d’ordre national, le dissensus, les divergences profondes voire les violences à l’image de toutes les étapes du processus électoral. Abdoulaye Bathily résume cette situation par deux termes terribles «sécheresse démocratique » indique le président d’Afrikajom. Selon le membre éminent de la société civile, cette fois-ci l’échec n’est pas permis parce que le Sénégal est devenu plus vulnérable à cause de ses ressources minières qui introduisent de puissantes compagnies multinationales dans le jeu national. En outre, notre environnement sous régional est fortement marqué par des conflits asymétriques et intercommunautaires qui interagissent avec les crimes organisés et transfrontaliers. « Tous ces acteurs profitent de brèches, de divisions qui affaiblissent les états et les sociétés pour agir. Les Sénégalais ont besoin de plus d’unité, de cohésion et de consensus sur ce qui les lie tous pour faire efficacement face à ces défis » soutient-il. Alioune Tine poursuit son argumentaire en ajoutant qu’ « aujourd’hui Macky Sall est face à l’Histoire, face à son destin et celui du Sénégal, il est en situation au sens sartrien et existentiel du terme. Il semble qu’il en ait une conscience aigüe avec son premier message suite à la publication des résultats par le Conseil constitutionnel. Il a tenu un discours de réconciliation, il a tendu la main à l’opposition et proclamé son désir de dialoguer ».

Les cas de Khalifa Sall et Karim, des blocages au dialogue ?                                                              Seulement, il ne suffit pas pour Macky Sall d’afficher sa bonne foi pour réussir le dialogue. Le Pr Alioune Tine est d’avis qu’il y a des préalables comme la résolution des cas Khalifa Sall, en prison, et Karim Wade, en exil, qui doivent être résolus. « Comment dialoguer avec Khalifa Sall toujours en prison et Karim toujours en exil sans compter des éléments de l’opposition encore dans les liens de la détention ? Dialoguer, ça s’organise avec des termes de références clairs, un agenda et des modérateurs consensuels. Il est également important de s’entendre sur le sort des conclusions et recommandations, leur modalité d’application et le chronogramme. Le 2 avril nous en saurons probablement davantage sur ses questions » estime le Pr Tine. « Parce que pour dialoguer, il faut être deux. Et les alternatives pour changer le Sénégal ne sont pas infinies : soit on régule pacifiquement par le dialogue et le consensus soit c’est par la violence, la catastrophe et le chaos. Choix qui accentue l’indétermination, l’enthropie et la perversion démocratique qui nous menacent. Idrissa Seck est clair, il ne veut pas faire couler le sang des Sénégalais, Ousmane Sonko ne dit pas autre chose. Si les conditions d’une réelle sincérité du dialogue et une volonté politique sans faille d’appliquer les conclusions et recommandations consensuelles existent, alors tout le monde doit être invité à dialoguer parce que, comme le disait Senghor, un des traits spécifiques de notre culture c’est la palabre » rappelle Alioune Tine. « C’est au Président Macky Sall de rassurer tout le monde dans sa posture de Président de tous les Sénégalais par rapport au débat qui pourrit son début de mandat sur le 3eme mandat. Des promesses non tenues et ce qui est apparu pour l’opinion comme des reniements ont nourri doutes, interrogations et scepticisme tout au long du septennat. Personnellement je pense que Macky Sall sait plus que tout le monde que pour son intérêt, son image et pour la postérité, il doit respecter ses engagements constitutionnels sur les deux mandats. Au Président Macky désormais de jouer franc jeux. Ce tournant historique sera décisif pour l’avenir du Sénégal. Il faudra pour cela négocier avec intelligence, audace, tolérance et ouverture d’esprit » conclut le Pr Alioune Tine

Synthèse A. K. DIARRA




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