colonel kébé, tel que nous le connaissons !

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Chargé des questions de Sécurité et de Défense du parti Rewmi d’Idrissa Seck, le colonel à la retraite Abdourahim Kébé était depuis dimanche en garde-à-vue prolongée dans les locaux de la Section de Recherches de la Gendarmerie. Ensuite, il a été déféré. En général, la prolongation d’une garde à vue n’augure rien de bon ou de « léger » comme si les preuves à charge s’accumulaient au point que les enquêteurs voulaient se donner encore du temps pour les corser ou les confirmer. Au finish, heureusement, les faits reprochés au colonel Kébé — avoir appelé à la révolte populaire via un post Facebook — n’ont pas été jugés attentatoires à la sécurité de l’Etat puisqu’il a été libéré et placé sous contrôle judiciaire. Ouf ! Souhaitons qu’il saura se défendre, comme un grand, pour desserrer l’étau de cet encombrant contrôle judiciaire.

En tout cas, nous ne connaissons pas l’homme politique Abdourahim Kébé qui, après sa retraite, s’est engagé politiquement aux côtés d’Idrissa Seck. Il serait un militant très actif et trop engagé pour la cause de son parti, Rewmi. Un point, c’est tout !

Par contre, nous connaissons très bien l’officier supérieur Abdourahim Kébé pour l’avoir fréquenté des années durant dans le cadre d’une franche collaboration en sa qualité de directeur de l’Information et des relations publiques des Armées (Dirpa). Disponible et serviable, le colonel Kébé a donné la meilleure information possible — c’est-à-dire en s’en tenant à l’essentiel, Grande Muette oblige — et à présenter l’image la plus valorisante possible de l’Armée. Ce jusqu’à son départ pour Washington (Usa) où il a occupé les fonctions d’attaché militaire à l’ambassade du Sénégal aux USA. Même après son départ du Sénégal, le colonel Abdourahim Kébé est toujours resté un ami du « Témoin » puisque nos liens avec lui ne se sont jamais rompus. Des liens qui datent de longtemps. A preuve, lors de la soutenance de sa thèse de doctorat d’Etat à l’Ucad, nous étions au premier rang des invités d’honneur aux cotés du Chef d’Etat major général des Armées (Cemga) d’alors, Général Mamadou Sow « Nogass ». Ainsi que de nombreux officiers généraux et officiers des armées. Ce jour-là, à l’amphithéâtre de la faculté des lettres et sciences humaines de l’Ucad, l’officier Abdourahim Kébé avait fait honneur à l’Armée sénégalaise pour avoir ouvert le ban de l’excellence voire du savoir. Devant un jury composé des professeurs Oumar Sougou, Oumar Ndongo et Cheikh Ahmadou Dieng comme président, l’ancien directeur de la Dirpa avait brillamment survolé son sujet de littérature américaine.

Face aux membres du jury, et tout en prenant à témoin le nombreux public, le colonel Kébé avait expliqué que, du XIXème au XXème siècle, l’interrogation sur la pertinence de l’action humaine et le sens de la vie dans un univers hostile et chaotique a été au cœur des préoccupations de la littérature en général et américaine en particulier. Il s’était notamment posé les questions suivantes : « La vie est-t-elle le fruit du hasard ? A-t-elle un but précis, ou se limite-telle simplement à être ? Vaut-elle la peine d’être vécue ? Est-il possible de la rendre plus conforme à nos aspirations, ou agit-elle de manière aveugle et arbitraire ? ».

Au terme de quatre heures d’un exposé dense, le public, accroché aux lèvres de l’éminent impétrant, avait pu se convaincre que les concepts « action », « humanisme », « réalisme », « fatalité », « naturalisme », « absurde », « désillusion », « Dieu » etc. sont les principaux mots clés qui ont jalonné toute cette dure épreuve académique à laquelle était soumis le colonel Abdourahim Kébé face à ses « bourreaux » de professeurs membres du jury.

Un véritable parcours du combattant… intellectuel au bout duquel le brillant officier de l’Armée a pu s’en sortir indemne et, surtout, haut la main. Après s’être retiré pour délibérer, le jury est revenu dans la salle pour élever Abdourahim Kébé au grade de Docteur d’Etat. Et ce avec la mention « Très honorable ». Un résultat accueilli par une salve d’applaudissements.

La politique a-t-elle métamorphosé le soldat ?                                                                                              Et si nous tenons à rappeler les temps forts de cette cérémonie de soutenance, c’est juste pour dire qu’Abdourahim Kébé a été toujours un brillant officier doublé d’un grand universitaire. A preuve, après sa retraite intervenue alors qu’il se trouvait sur les rives du Potomac, il était resté quelques temps pour dispenser des cours dans de grandes universités américaines avant de rentrer au bercail pour servir davantage son pays. La preuve par l’Université Gaston Berger (Ugb) de Saint-Louis où il dispense des enseignements. Tout cela pour dire que le colonel Abdourahim Kébé a toujours été un officier qui n’a jamais cessé de cultiver le sens de l’honneur, de l’excellence et surtout de la responsabilité. C’est pour cela, qu’on avait du mal à croire que l’officier ou l’ex -officier, tel que nous le connaissons, pouvait être animé d’une volonté de brûler le pays voire la patrie qu’il a eu, lui-même, à défendre pendant plus de quarante (40) ans passés sous les drapeaux. Non, nous ne croyons pas que l’ancien officier supérieur était capable de se transformer en pyromane, voire de franchir ou laisser franchir le Rubicon au bord duquel il montait la garde avec amour et patriotisme. Car, le métier des armes n’est pas un métier comme les autres. Il est fait du sens du devoir, de l’amour de la Patrie, de l’esprit de sacrifice.

Il est vrai que la politique peut changer l’homme et le soldat. Notre société comme toute autre société africaine découvre en effet, et en un même moment, la fragmentation des identités, l’imprévisibilité de toute chose, la fragilité des brassages ethniques et confrériques, les caprices et la méchanceté des hommes politiques dans leur conquête du pouvoir et la mutation fulgurante des technologies qui nous joue de sale tour (Face book, watshapp etc). Et surtout quand nous sommes en colère ! Mais métamorphoser l’homme et le soldat au point de le pousser à procéder à une vengeance électorale à froid de nature à déstabiliser le pays ? Non, l’officier Abdourahim Kébé que nous connaissons, n’est pas fait de cette eau-là ! Avec notre amitié et notre sympathie renouvelées, mon Colonel et que Dieu vous garde !

Pape Ndiaye




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